10avr.

Shirtless Bear Fighter : une lecture jubilatoire

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Le monde est en détresse, une invasion sauvage, barbare et surtout poilue est en cours : les ours attaquent et autant dire qu’ils ne sont pas contents. Les gouvernements et armées sont impuissants devant ce déferlement de crocs, de griffes et de poils. Un seul homme, symbole absolu de virilité et de puissance peut contrecarrer cette sauvage invasion : le cogneur d’ours torse nu – soit le Shirtless Bear Fighter -.

Protecteur de la forêt qui l’a vu grandir, exclusivement nourri aux pancakes et au sirop d’érable, il en est le défenseur ultime, cheveux au vent, barbe en bataille, nu comme la haine qu’il voue aux ursidés qui l’ont trahi et nanti d’un taux de testostérone totalement hors norme - et absolument hors de contrôle -. Ni homme, ni ours n’ont jamais pu vaincre ce parangon de la tatane et de l’uppercut, chantre de la savate et de la raclée. Il n’a jamais vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué - d’ailleurs il ne la vend pas mais s’en sert pour sa maison-ours, son avion-ours etc...- et croiser son chemin est synonyme de transformation en descente de lit pour les antipathiques plantigrades qui en ont le malheur. Car au bannissement imposé à Cogneur par sa famille ours et aux fourberies dont elle s'est rendue coupable à son endroit, s’est ajouté le meurtre fondateur de sa détestation absolue des ursidés.

Alors quand il est appelé à la rescousse pour défendre la Grande Ville - et le monde - et mêler l’utile à l’agréable - soit tabasser de l’ours mal léché et lui faire voir la Grande Ourse -, le cogneur d’ours torse nu s’extrait de la grande forêt pour une dégustation exclusive de tartes aux phalanges...Mais si derrière cette invasion massive se cachait un plan bien plus retors dont les origines se confondent avec le vécu et les combats de Cogneur ?

Proposition délirante et jubilatoire, Shirtless Bear Fighter est une lecture détente qui ne cache aucunement ni son ambition purement fun, ni son côté divertissement ultra référencé. Le titre à lui seul résume l’intégralité du scénario - l’histoire d’un mec nu qui tape des ours - et s’assume pleinement comme une déclaration d’amour à un genre qui fit les grandes heures des vidéoclubs dans les années 80 : l’actioner - soit le film d’action relativement bourrin - et plus particulièrement sa sous-catégorie, surreprésentée à l’époque, l’actioner brainless - soit un pur produit pop-corn -. Ce sous-genre, qui a permis aux hordes testostéronées de Chuck Norris, Steven Seagall et autres Jean-Claude Vandamme, de débarquer, via les VHS, dans tous les salons avait sa logique propre - si l’on frappe assez fort, tout devient compréhensible -, à l’expression physique douloureuse - atémis, grand écart et torgnolles variées - et à la sentence orale définitive - de type “ je mets les pieds où je veux et souvent dans les...” Braddock (C.Norris) dans Portés Disparus III -. Avec son pitch profondément barré, son action non-stop complètement déjantée, ses échanges qui confinent aux bons mots de cour d’école, sa morale manichéenne digne des blockbusters d’antan, ses antagonistes hautement caricaturaux - entre les méchants de James Bond, d’Austin Powers et de Terrain Miné -, Shirtless Bear Fighter assume de façon totalement décomplexée son héritage cinématographique.

Les nombreux gags et les situations absurdes s'enchaînent, servis par des personnages certes stéréotypés mais dépeints avec beaucoup de tendresse dans un univers de série B - voire Z - des plus plaisants. Un récit en somme tout en excès, trépidant et enjoué, à l’humour omniprésent et qui, l’air de rien, fait passer en filigranes quelques messages - en particulier sur l’écologie et le capitalisme - bienvenus, qui n’altèrent en rien le plaisir de lecture et rehaussent, certes de façon légère, le propos général. La partie graphique, clairement inspiré des cartoons, fonctionne parfaitement avec une histoire de ce type qui nécessite d’alterner démonstrations furieuses d’énergie, scénettes plus intimes - tout est relatif - et comique de situation. A l’arrivée, une lecture positive et sympathique qui pourrait donner naissance à une franchise ou à une licence, l’univers dépeint en ayant clairement le potentiel.

De façon assez originale - à son image donc -, Shirtless Bear Fighter a été écrit à 4 mains par 2 de ses 3 créateurs, Jody LeHeup - scénariste de The Weatherman - et Sebastian Girner - qui en a fait une habitude, écrivant également avec un co-scénariste son autre série “Brigands et Dragons” - ; ils ont en outre en commun d’être éditeurs de comics. Les illustrations sont assurées par Nil Vendrell, 3ème père du Cogneur, qui en a défini le style et la charte graphique. L’équipe artistique à l’origine de Shirtless Bear Fighter a bien pris en compte l’univers singulier de ce fantasque anti-héros et a fait le choix judicieux d'une mini-série “de présentation” de 5 épisodes qui s’auto-suffisent mais laissent présager un possible retour au vu d’une mythologie assez dense.

Pour qui : toutes celles et tous ceux désireux de passer un moment de franche rigolade et de pure détente ; les fans de nanards assumés ; les écologistes en goguettes et les hipsters en quête de style ; ceux qui ne veulent pas se prendre la tête et s’évader tout simplement / tout lecteur dès 12 ans.

Le + : La couverture, chef d’oeuvre Pulp et vibrant hommage aux magazines 50’s est l’oeuvre de Paolo Rivera - dessinateur de Daredevil et de The Valiant -. Si elle n’est pas représentative des illustrations de la série proprement dite - beaucoup plus cartoon -, elle en transmet parfaitement l’ambiance et en respecte totalement l’esprit. Très remarquée, elle a permis une très belle exposition du comics et a ainsi participé grandement à la “hype” qui a entouré sa sortie. A noter que dès son 1er numéro, Shirtless Bear Fighter a eu énormément de retours extrêmement positifs voire laudateurs de du fait de la fraîcheur de son pitch au 10ème degré parfaitement assumé, provoquant un réel engouement aussi bien des professionnels du comics que de la part du grand public. 

Shirtless Bear Fighter - broché - série complète - 17,90 € - environ 130 pages - édition française Hi Comics

 

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